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L'ELIXIR D'AMOUR de Gaetano Donizetti
octobre 2012

donizetti par Rillosi

L'Elisir d'amore a été créé le 12 mai 1832 au Teatro della Cannobiana de Milan. Le sujet est tiré d'une oeuvre de Silvio Malaperta, Il Filtro. Avant de devenir le "tube" que l'on connaît, cela a été un succès français dû à Auber sur un livret de l'incontournable Eugène Scribe. En Italie, ce sera Felice Romani qui écrira le livret en quelques jours suite à une commande du Teatro della Cannobiana en manque d'une nouvelle oeuvre pour sa saison. En deux semaines, Donizetti écrit la musique et ce sera un succès, malgré les inquiétudes du compositeur : " Nous avons une prima donna allemande, un ténor qui bégaie, une basse bouffe à la voix de chèvre et une basse française qui ne vaut pas grand-chose! Mais .... courage! "
L'action se déroule dans un petit village basque. Un jeune et pauvre paysan, Nemorino, est éperdument épris d'une riche et belle propriétaire terrienne, Adina. N'osant se déclarer, il a recours aux services d'un charlatan ambulant, le docteur Dulcamara, qui lui vend l'élixir d'amour de la reine Iseult, en réalité une simple bouteille de Bordeaux. Mais le nouvel aplomb de son amoureux timide et transi irrite Adina, qui décide d'épouser son rival, le sergent Belcore. Nemorino se fait alors recruter dans l'armée par Belcore pour pouvoir s'acheter un second flacon. C'est l'héritage de Nemorino qui rendra celui-ci irrésistible aux yeux de toutes les paysannes mais c'est l'amour qui fera tomber Adina dans ses bras. Ce qui n'empêchera pas Dulcamara de proclamer l'efficacité absolue de sa merveilleuse potion, qui procure amour et argent!
Intrigue anecdotique s'il en est mais un des plus grands succès de l'histoire de l'opéra. Ce qui nous touche et nous fait voir et revoir, écouter et réécouter L'Elixir avec plaisir, c'est une forme de simplicité, de pur bonheur musical et théâtral, aux accents tant rossiniens que purement donizettiens. C'est l'humanité et la sincérité des personnages. Ils sonnent "vrai" et "juste". Contrairement aux autres opéras bouffes, il n'y a pas de tricherie, de malentendeus, d'imbroglios entre les deux héros, mais la naissance et l'évolution d'une histoire d'amour entre un homme et une femme, qui pourraient fort bien avoir existé ou exister. Les deux "outsiders", Belcore et Dulcamara, pourraient ruiner définitivement cet amour naissant, mais en fait ce sont eux qui qui le portent et deviennent les instruments de concrétisation et de réalisation de cet amour. C'est en effet leur présence qui permet à Adina de reconnaître la sincérité et la profondeur de l'amour que lui porte Nemorino. L'oeuvre parle d'amour véritable, de bonté humaine, de sincérité des sentiments, des accidents et des incertitudes de la vie. Et c'est cela qui nous parle. C'est cela qui rend cette ouvre si irrésistible et si désarmante.

Les propositions et les commentaires ci-après sont éminemment subjectifs et n'engagent que leur auteur, soit Georges Reymond, président de FORUM OPERA.

D'un des opéras les plus célèbres du répertoire, on pouvait espérer une avalanche de versions exceptionnelles et l'embarras du choix. Il n'en est rien. Soit le ténor n'est pas à la hauteur, soit la soprano ne sert pas le rôle, soit le rôle de Dulcamara est massacré et se rapproche plus du mauvais clown que du charlatan certes mais qui a du brio, de l'esprit et de la profondeur. Une fois encore, c'est plutôt vers les versions anciennes, parfois malheureusement difficiles à trouver et au son inégal selon les enregistrements, qu'il faut se tourner. Ou vers les DVD où vous pouvez notamment écouter les deux enregistrements avec Villazon, une fois avec Netrebko, une fois avec Bayo.

L'elisir d'amor

LA REFERENCE

Pour L'Elixir, il n'y en a pas vraiment mais je propose un enregistrement de Glyndebourne de 1962 avec des voix remarquables, un très bel orchestre (Royal Philharmonic Orchestra) dirigé par un bon Cillario et un son tout à fait acceptable, compte tenu de la date de l'enregistrement. Sesto Bruscantini est certainement un des meilleurs Dulcamara que l'on puisse trouver, de même qu'un des tout grands Don Alfonso, Don Pasquale ou Dandini. Il est Dulcamara, avec ce qu'il faut de voix, de théâtre, de verve, de truculence et d'humour. Un grand moment. Mirella Freni campe une Adina à la fois espiègle et coquine, subtile et émouvante. Tout ce qu'elle doit être. Luigi Alva nous livre un Nemorino splendide, aussi avec la voix qu'il faut et surtout l'émotion juste.

glyndebourne

L'Elisir d'amore, Glyndebourne Festival Opera 1962, Freni (Adina), Alva (Nemorino), Sordello (Belcore), Bruscantini (Dulcamara), Cillario, The Royal Philharmonic Orchestra, 2 CD, GFOCD 005-62

 

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A ECOUTER

Deux bonnes versions, faciles à trouver. La première, celle de Pritchard avec Cotrubas et Domingo, vaut par son homogénéité, la qualité du son, son sens du théâtre et son engagement. Une très belle Adina, lyrique à souhait, fraîche et mutine. Un Nemorino solaire et généreux. Le Belcore de Wixell convainc réellement, même si une telle distribution pouvait surprendre de prime abord. Le Dulcamara d'Evans, dépassé vocalement, excessif et caricatural, déçoit.

La seconde est une version qui comprend deux divas absolues, Sutherland et Pavarotti. D'où une primauté de la technique, du feu d'artifice, des effets, au détriment du naturel, de la poésie et de l'émotion que l'on attend de l'oeuvre.

L'Elisir d'amore, 1977, Cotrubas, Domingo, Wixell, Evans, Pritchard, Orchestre et choeur de Covent Garden, 2 CD, Sony 8869744644
L'Elisir d'amore, 1971, Sutherland, Pavarotti, Cossa, Malas, Bonynge, English Chamber Orchestra, 2 CD, Decca 4757514

A EVITER

Il y en a beaucoup mais en voici en tous cas deux que l'on pourrait être tenté d'acheter au vu de la notoriété des chanteurs et qui sont très vivement déconseillées.

L'enregistrement de Lyon pourrait être très éventuellement envisageable, ce d'autant qu'il est désormais à très petits prix, s'il n'y avait pas Angela Gheorghiu. Elle n'est pas supportable, elle hurle du début à la fin, elle est toujours excessive, elle chante Adina comme Turandot ou Lady Macbeth. Et cela ne va pas. Alagna est contaminé par les excès de Gheorghiu et ne convainc pas.

Autre version séduisante de prime abord mais également à laisser de côté tout de suite, celle de Carreras et Ricciarelli dirigés par Claudio Scimone. Ce dernier est le seul enthousiasmant, lui qui arrive ici à tisser les liens de filiation avec Rossini. D'où un orchestre piquant, de belles couleurs et un accompagnement des chanteurs convainquants. Mais le problème, c'est que, eux, ne le sont pas. Carreras, même s'il a été un Nemorino prometteur à ses débuts, est ici à bout de course. Ricciarelli n'est à aucun moment la bonne Adina, rusant avec sa voix tout ce qu'elle peut, comme elle le fait si souvent.

L'Elisir d'amore, enregistrement live 1996, Gheorghiu, Alagna, Scaltriti, Alaimo, Pidò, Orchestre et choeur de l'Opéra National de Lyon, 2 CD, Decca 4783416

L'Elisir d'amore, 1984, Ricciarelli, Carreras, Nucci, Trimarchi, Scimone, Orchestre de la RAI de Turin, 2 CD, Philips

 

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Réouverture de l'Opéra de Lausanne / soirée de gala
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