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ARCHIVES OPERAS

TOSCA
de Giacomo Puccini (1858-1924)
mars 2013

 

puccini

C'est certainement le plus opératique de tous les opéras. Rien n'y manque pour susciter l'émotion, la tension, l'irritation. Tous les sentiments sont là : l'amour, la passion, la haine, la rage, la jalousie, la peur, l'angoisse, le désir, la soif du pouvoir, la veulerie, la méchanceté, etc. Tosca est créée à Rome le 14 janvier 1900 au Teatro Costanzi. Pour son cinquième opéra, Puccini a mis en musique une pièce de Victorien Sardou créée par Sarah Bernhardt, adaptée par les deux librettistes Giuseppe Giacosa et Luigi Illica. Le drame et l'opéra respectent les trois règles fondamentales que sont l'unité de lieu, l'unité de temps et l'unité d'action. Tout se déroule à Rome (Eglise de Sant'Andrea della Valle, Palais Farnèse, Château Saint-Ange), tout se passe en moins de 24 heures, très exactement de l'après-midi du 17 juin 1800 au petit matin du jour suivant, et tout découle de la fuite d'Angelotti.

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Ce sont trois actes intenses, serrés, terriblement efficaces, coulés dans des mélodies limpides et une orchestration luxueuse. Comme l'a écrit Mosco Carner, biographe de Puccini, Tosca est "une affaire de sexe, sadisme, religion et art mélangés de main de maître, et servie sur le plateau d'un événement historique capital!" C'est dès 1889 que Puccini aurait eu le coup de foudre pour Tosca, qu'il a découverte sur scène à Milan avec Sarah Bernhardt. Même s'il ne comprenait pas le français, il a été saisi par cette héroïne, cantatrice ivre de passion et de jalousie. Pour sauver son amant prisonnier du chef de la police politique romaine, elle est sur le point de céder aux assauts lubriques et au détestable marché de Scarpia, avant de trouver, dans un sursaut d'instinct de survie, la force de le poignarder. Les rapports de force entre les protagonistes reflètent la situation de l'Italie en juin 1800. Les victoires de l'armée d'Italie avaient suscité un vaste mouvement révolutionnaire et l'instauration de Républiques dans toute la péninsule, en particulier à Rome fin 1798 et à Naples à la même période. Rome s'est dotée d'un gouvernement provisoire de sept consuls et Angelotti est censé avoir été l'un d'entre eux.

tosca L'aristocratie et les masses paysannes soulevées par le clergé ont profité de l'attaque austro-russe pour faire triompher la réaction. L'action de Tosca se déroule alors que les forces réactionnaires sont revenues au pouvoir depuis près d'un an et qu'un policier tel que Scarpia est donc tout-puissant. Scarpia et Cavaradossi ont du reste réellement existé. Le Baron Vitello Scarpia, sicilien d'origine, a été placé à la tête de la Police romaine par le Roi de Naples Ferdinand IV et son épouse Marie-Caroline lors de la seconde reprise de Rome par la monarchie napolitaine, juste avant la bataille de Marengo et l'arrivée des Français à Rome. Quant au peintre Mario Cavaradossi, il a passé sa jeunesse à Paris, où il a étudié avec David, son père ayant été proche de Voltaire et Rousseau. Rarement musique lyrique aura été autant action et renfermé tout le drame, attestant par là que dans tout véritable opéra la musique n'habille pas simplement le drame mais le constitue, le structure, l'exprime tout en le transfigurant poétiquement. Quels que soient les mérites du livret, la musique de Puccini transcende le drame pour exprimer, plus immédiatement et plus pleinement que lui, les sentiments, les conflits intimes, les tensions ou la fureur d'une action qui bascule inéluctablement vers la catastrophe (Jean-Michel Brèque, Tosca ou la Transfiguration du mélodrame, L'Avant-scène Opéra no 11).

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Discographie

Tosca est une des œuvres les plus représentées et les plus enregistrées de tout le répertoire lyrique. Voici donc dix versions sur disque et deux sur DVD, parmi lesquelles il y a de quoi trouver son bonheur, global ou partiel.

 

CD


1. Callas (Tosca), di Stefano (Cavaradossi), Gobbi (Scarpia), de Sabata (direction), Scala (orchestre), 1953, 2 CD, EMI

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Il est difficile d'entendre vivre Tosca comme sous la baguette de Victor de Sabata. Sa direction transcende ce plateau d'exception et le fait entrer dans l'Histoire de l'opéra enregistré. Callas y est parfaite, vibrante, avec cette voix qui porte le tragique. La vérité sans vérisme. Gobbi exhale la veulerie, le mépris absolus. Di Stefano, même s'il commet plusieurs péchés vocaux, a un timbre ravageur. Un enregistrement qui rend tout, comme cela doit doit être...

 

2. Tebaldi, Tucker, Warren, Mitropoulos, Metropolitan, 1955, 2 CD, Andromeda

 
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Malgré la « compétition » avec Callas, Tebaldi est une des Floria Tosca les plus marquantes qui soient. Cette soirée de 1955 au Metropolitan Opera de New-York, lors de laquelle a été effectué cet enregistrement, demeure l'une des plus excitantes qui soit. Tebaldi sculpte vocalement Tosca, l'habite totalement, avec un « Vissi d'arte » de rêve. Richard Tucker, en état de grâce ce soir-là, est un convaincant et impétueux Cavaradossi. Leonard Warren est un Scarpia glaçant, déployant autour de Tebaldi toutes les séductions de sa mezza-voce vénéneuse, dans un efficace climat de noirceur entretenu par Dimitri Mitropoulos.

 

3. Price, di Stefano, Taddei, von Karajan, Vienne Philhar., 1962, 2 CD, Decca

 

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La direction de Karajan prend immédiatement à la gorge. Avec la Philharmonie de Vienne, féline et souple, il privilégie la luxuriance de la partition, en mettant l'accent sur le théâtre. Leontyne Price s'associe parfaitement à cet envoûtement orchestral. Voix de velours et tempérament incandescent, malgré quelques limites vocales, notamment dans son « Vissi d'arte ». Le Scarpia de Giuseppe Taddei frôle la perfection: avec cet orchestre plus inspiré que jamais, il dessine un sadique complet, un pervers diabolique, malsain, satanique, avec un art du sous-entendu d'une rare éloquence, son "Te Deum" tenant de la messe noire. Une grande version, un rien déséquilibrée par di Stefano dont la fougue ne masque pas un chant terriblement hurleur.

 

4. Milanov, Bjoerling, Warren. Leinsdorf, Opéra de Rome, 1956, 2 CD, RCA

 
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Un hommage au Met, même si l'enregistrement intervient un peu tard pour Zinka Milanov. Une version cohérente, homogène, où dominent surtout le Scarpia de Warren et le Mario lumineux de Bjoerling.

 

5. Olivero, Fernandi, Colombo, Tieri, RAI Milan, 1957, 2 CD, RCA Victor

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Olivero, interprète-phare d'Adrienne Lecouvreur pendant plus de trente ans, s'identifie avec la femme puccinienne, respirant avec cette musique. Cet enregistrement, reflet d'une soirée milanaise au Teatro dell'Arte, offre le meilleur portrait vocal de la cantatrice piémontaise, avec un plateau et un chef tout à fait raisonnables.

 

6. Caballé, Carreras, Wixell, Davis, Covent Garden, 1976, 2 CD, Philips

 
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Affiche alléchante s'il en est. Le résultat est plutôt contrasté. Une grande et belle chanteuse, à défaut d'une grande Tosca. Un Carreras, alors à son apogée, offre un Mario viril, ardent, poète. Wixell cherche à composer un Scarpia froid et calculateur, mais frise parfois la caricature. Colin Davis ne s'engage pas vraiment et propose une version trop plate et neutre.

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7. Freni, Domingo, Ramey, Sinopoli, Philharmonia, 1992, 2 CD, DG

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Ici, en revanche, la direction de Giuseppe Sinopoli, à la tête du Philharmonia Orchestra, ne laisse aucun répit, une rafale qui reprend à Karajan ses voluptés, mais imbibées de poison. Autour de cette masse orchestrale aux teintes presque mahlériennes, de cette logique purement musicale de l'opéra, le théâtre et les voix sont peu crédibles. C'est trop tard pour Domingo et Freni et ce n'est pas un rôle pour Ramey.

 

8. Vaness, Giacomini, Zancanaro, Muti, Philadelphie, 1993, 2 CD, Philips

 
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Riccardo Muti réussit à créer dès les premières mesures un climat de menace et d'inquiétude, comme la mise en place d'une bombe à retardement. Il teinte le récit d'une légèreté de touche, d'une élégance et d'une fluidité quasi mozartiennes, avec un Philadelphia Orchestra tout en clairs-obscurs. De plus, cet enregistrement réunit un très beau couple vocal avec un Giuseppe Giacomini, mâle et solide et une Carol Vaness, à la voix diaphane et fragile. Malheureusement, le Scarpia de Giorgio Zancanaro manque de noirceur et hypothèque un peu l'ensemble.

 

9. Scotto, Domingo, Bruson, Levine, New Philharmonia, 1981, 2 CD, EMI

 
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Levine prend la partition à bras le corps et livre une interprétation décapante. Grande héroïne puccinienne s'il en est, Scotto n'est pourtant pas vraiment à sa place. Il en va de même avec le Scarpia de Bruson. En revanche, c'est un des meilleurs disques de Domingo.

 

10. Te Kanawa, Aragall, Nucci, Solti, National Philhar., 1984, 2CD, Decca

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Avec un Nucci qui donne dans le cri et le vulgaire, avec une Te Kanawa froide et incolore , un Aragall démotivé vocalement et théâtralement et un Solti sans emphase, cette version respire un ennui certain. A éviter.


DVD

1. Kabaivanska, Domingo, Milnes, Bartoletti, New Philharmonia, de Bosio, 1976, Decca Video

 
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Une vraie réussite, qui résiste bien aux outrages du temps par son classicisme et son ressort dramatique. Décors naturels, interprètes ayant tous trois le physique du rôle, éclairages admirables. Ce qui ne s'oublie pas c'est surtout la silhouette vulnérable, l'œil tour à tour terrifié et terrifiant de Raina Kabaivanska. La cantatrice bulgare est une Tosca quasi idéale, une des meilleures depuis Callas. Domingo est aussi à son meilleur niveau et Milnes est un très grand Scarpia. Bartoletti, avec une direction tendue et théâtrale, est parfaitement au diapason de cette réussite.

 

2. Gheorghiu, Kaufmann, Terfel, Pappano, Kent, Covent Garden, 2010, EMI

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Jonas Kaufmann épouse les traits d'un Cavaradossi aussi solide que la richesse de son timbre. Avec Jonas Kauffman, la nature même de Cavaradossi s'exprime plus dans l'expression vocale que dans l'aspect théâtral du personnage. Ce timbre d'une richesse peu commune se marie parfaitement avec celui d'Angela Gheorghiu. Floria Tosca fait partie de ces héroïnes de scène qui conviennent parfaitement à Angela Gheorghiu. Bryn Terfel fréquente avec assiduité les "méchants" de l'opéra avec, toujours, cette présence vocale quasi surhumaine accentuée par une présence physique qui ne l'est pas moins. La direction d'Antonio Pappano, à la tête de l'Orchestre du Royal Opera House en grande forme, se révèle constamment attentive au chant et, surtout, excelle à exprimer la richesse et l'opulence de l'orchestration puccinienne.

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