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Dix incontournables absolus de l'opEra selon...

... GEORGES SCHÜRCH

1. Faust, créé au Théâtre Lyrique de Paris le 19 mars 1859, Charles Gounod (1818-1893)

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Charles Gounod

Choix purement sentimental : c'est le premier opéra que j'ai vu. J'étais tout gamin, c'était au Grand Casino de Genève (le nouveau Grand Théâtre n'était pas encore reconstruit), dans une mise en scène qui, sans doute, nous ferait hurler de rire aujourd'hui. J'ai été fasciné par Méphistophélès (Georges Vaillant) et par Marguerite (Géori Boué). Le trio final (« Anges purs, anges radieux ») m'a cloué sur mon siège. Je me vois encore, les jours suivants, monter sur la table de la cuisine pour beugler « Le Veau d'or est toujours debout ! » : pauvres voisins

!M. Plasson, Chœur et Orchestre du Capitole de Toulouse , Studer, Leech, van Dam, Hampson, 1991, EMI (3 CD)

2. Tristan und Isolde, créé au Hoftheater de Munich le 10 juin 1865, Richard Wagner (1813-1883)

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Richard Wagner

Mon premier choc wagnérien, je n'en suis pas encore remis ! Je n'imaginais pas que l'on pût s'immerger dans une musique comme on se laisse aller dans un bain tiède. Cet enveloppement par les sons est une expérience indicible et qui se renouvelle à chaque fois. La transe est permanente de la première note des violoncelles à l'accord final dominé par le cor anglais. Magique !

K. Böhm, Bayreuther Festspiele, Windgassen, Nilsson, Ludwig, Talvela, Waechter, 1966, DG (3 CD)

 

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3. Otello, créé à La Scala de Milan le 5 février 1887, Giuseppe Verdi (1813-1901)

La violence dramatique de cet opéra est paroxystique. Tout est démesuré : la jalousie d'Otello, la noirceur d'Iago, l'innocence de Desdemona. Existe-t-il une entrée en scène plus fracassante que l' « Esultate » qui émerge des éléments déchaînés ? Et puis, j'adore ces soprani qui, bien qu'étranglées, mettent dix bonnes minutes pour mourir en émettant des sons sublimes ! C'est ça, l'opéra !

C. Kleiber, Chœurs et Orchestre de La Scala de Milan, Domingo, Freni, Cappuccilli, 1976, Music and Arts (2 CD)

4. Wozzeck, créé à la Staatsoper de Berlin le 14 décembre 1925, Alban Berg (1885-1935)

C'est l'antidote d'« Otello » ! On trouve les mêmes ingrédients : violence, innocence, jalousie, irrationalité, mais Berg jette aux orties tous les procédés musicaux anciens et il construit chaque scène sur la base de schémas musicaux spécifiques, la suite, la rhapsodie, la marche militaire, la berceuse, la sonate, la passacaille, la fugue, etc., mais on ne s'en aperçoit pas et l'on est pris par l'action et proprement envoûté par la musique. Du tout grand art !


K. Böhm, Lear, Fischer-Dieskau, Stolze, Chœur et Orchestre Deutsche Oper Berlin, 1992, DG (3CD, avec Lulu)

5. Pelléas et Mélisande, créé à Paris à l'Opéra-Comique le 30 avril 1902, Claude Debussy (1862-1918)

Les « Hop ! Hop ! » du fils de Marie à la fin de « Wozzek » répondent au « C'est au tour de la pauvre petite » qui conclut « Pelléas ». Deux drames humains semblables qui se déroulent l'un dans un château, l'autre dans des chambres sordides. La misère des âmes peut se trouver partout. L'orchestre de Debussy demeure inégalé, il dit tout, c'est lui le personnage principal et les chanteurs doivent se fondre en lui, au point d'en devenir invisibles, mais point inaudibles, prouesse rarement réalisée !

J. Fournet, Orchestre des Concerts Lamoureux, Maurane, Michaux, Roux, Depraz, 1992, Philips (2CD)

6. Le Château de Barbe-Bleue, créé au Királyi Operház de Budapest le 24 mai 1918, Béla Bartók (1881-1945)

bartokBéla Bartók

L'opéra qui nous fait pénétrer jusqu'au cerveau reptilien. Un déploiement de forces orchestrales impressionnant pour dépeindre la solitude humaine. Tant de richesses matérielles pour tant de pauvreté morale ! Pitoyable et bouleversant! La musique de Bartók réalise la synthèse entre romantisme et expressionnisme, un chaînon majeur dans l'évolution de l'opéra.

I. Kertesz, Orchestre Symphonique de Londres, Ludwig, Berry, 1965, Decca Legends (1 CD)


 

7. Eugène Onéguine, créé au Petit Théâtre du Collège Impérial de musique (Théâtre Maly), à Moscou, le 29 mars 1879, Piotr Illitch Tchaïkovski (1840-1893)

L'opéra mélodique par excellence. La musique est une succession de mélodies plus belles les unes que les autres et chaque personnage est si magnifiquement caractérisé musicalement. Et c'est un monde que Pouchkine et Tchaïkovski (je devrais dire « les » Tchaïkovski, puisque le frère Modeste a contribué à l'élaboration du livret) illustrent si judicieusement, ce monde de la petite aristocratie russe qui s'ennuie tellement, mais qu'une passion soudaine met à feu et à sang, avec une classe souveraine. Le personnage de Tatiana est grandiose. Quiconque a visité l'appartement de Pouchkine à Saint-Pétersbourg ne peut se détacher de la musique de Tchaïkovski.

G. Solti, Chœurs et Orchestre de l'Opéra Royal de Covent Garden, Kubiak, Weikl, Burrows, Ghiaurov, Sénéchal, 1987, Decca (2CD)

8. La Flûte enchantée, créé au Theater auf der Wieden de Vienne le 30 septembre 1791, Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)

L'opéra qui nous fait passer sans cesse du rire aux larmes. Papageno et Papagena sont désopilants, Pamina et Tamino sont touchants d'humanité, la solennité des interventions de Sarastro est impressionnante et les prouesses vocales de la Reine de la Nuit sont toujours attendues avec angoisse, tant on a peur de la fausse note qui gâcherait tout. Et puis, il y a ce décès de Mozart deux mois plus tard, dont nous ne pouvons faire abstraction et qui nous interroge si profondément. Eh quoi ! Les génies sont donc mortels, eux aussi ?

W. Sawallisch, Chœurs et Orchestre de l'Opéra d'Etat de Bavière Moll, Schreier, Moser, Rothenberger, Berry, Miljakovic, 1973, EMI (2CD)

9. L'Enfant et les Sortilèges, créé au Théâtre du Casino de Monte-Carlo le 21 mars 1925, Maurice Ravel (1875-1937)

ravelMaurice Ravel

Je choisis cet opéra comme éminent représentant de l'immense quantité d'ouvrages lyriques brefs (moins d'une heure) qui ne sont jamais représentés ou très, très rarement, et qui n'en sont pas moins des chefs d'œuvre. Aussi pour l'union parfaite du livret si élégant de Colette avec la musique si raffinée de Ravel. Une adéquation rare à ce point-là de communion spirituelle. Egalement pour le casse-tête que représentent la mise en scène, les décors et les costumes de ce petit bijou lyrique. On dit que Ravel n'était pas croyant, mais le chœur final des bêtes est un hymne de portée religieuse.

E. Ansermet, Chœur du Motet de Genève, Orchestre de la Suisse Romande, Danco, Wend, Cuénod, Rehfuss, Vessières, 1954, Naxos (1 CD)

10. Vespro della beata Vergine, publié à Venise en 1610, date de création incertaine, Claudio Monteverdi (1567-1643)

Oui, je sais, je triche : les « Vêpres » de Monteverdi ne sont pas un opéra ! Et cependant, quand il les compose, Monteverdi est encore tout imprégné de son « Orfeo » au point qu'il en réutilise la toccata initiale, qu'il lui emprunte son instrumentarium et qu'il applique en maints endroits aux textes sacrés des procédés vocaux et des tournures stylistiques dévolus trois ans plus tôt à un texte profane. Ainsi des scènes proprement dramatiques alternent-elles avec des morceaux liturgiques en un tout d'une beauté et d'une élévation d'esprit ineffables. Avec Monteverdi, l'opéra est entré à l'église. Et nos églises se vident, dit-on ? Qu'on y joue donc du Monteverdi !

G. Garrido Ensemble Elyma, Coro Antonio Il Verso, Coro Madrigalia, Les Sacqueboutiers de Toulouse, 2002, K617 (2CD)

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